Marie des grèves ....

6 août : lettre à ma mère

Lettre à ma mère …

Il m’aura fallu tout ce temps, presque 5 ans après que n’ait éclaté « l’affaire »  et presqu’autant de thérapie, des heures de lecture de récit d’autres victimes, pour que je commence à réaliser enfin que tu ne fus pas la mère tant  recherchée….

La période qui a suivi la découverte de l’inceste sur ma sœur, ma fille et mes nièces fut d’abord un moment de « soulagement » : j’avais la « clé » qui me permettait de comprendre les comportements A-normaux de ma Sophie….

Ces phobies, ces angoisses, ces cauchemars, ces achats compulsifs, ces relations à hauts risques, ces tentatives de suicide, cette prise de poids, cette impossibilité à vivre loin de moi….

Non, ce n’était ni de la « comédie » - n’est-ce pas mes sœurs ?- , ni des caprices d’enfant gâté, ni un refus de « couper le cordon »…. Encore moins un trouble bi-polaire ! Non, comme tu l’as hurlé toi-même ma petite fille, tu n’étais ni folle ni malade , c’était LUI !

Lui, notre géniteur, je ne peux même plus dire « père », lui,  ton mari… dont tu oses encore dire : « papy, il n’a pas fait que des choses mal dans sa vie » ! Aujourd’hui, enfermée dans ton silence, tu refuses toujours d’admettre la vérité… 

Quand je me retourne sur mon passé, sur mon enfance, je ne vois que mensonges, secrets et non-dits. Ah ! ça, vous avez été forts ! Je comprends maintenant pourquoi j’ai moi aussi fonctionné dans ce même processus : ne pas oser dire, cacher, taire, dissimuler, faire semblant ….. mentir, quoi ! comme cette petite fille que l’on envoyait « à confesse » …. « J’ai menti, j’ai volé, j’ai été gourmande, je me suis disputée avec mes sœurs… » …. Acte de contrition…. Pénitence….

Je ne suis pas allée te voir depuis maintenant plusieurs semaines … ça m’est impossible …. Nausée …. Crise d’angoisse…. Mal être général … cette violence intérieure qui fait que je voudrais te secouer pour qu’enfin, avant ta fin, tu aies le courage de dévoiler l’histoire de cette famille de merde. Mais je sais que tu ne le feras pas ! Silence, omerta, chape de plomb…. Parce que chez ces gens-là, on ne cause pas ! Alors tu emporteras dans la tombe, comme l’a fait Nénaine, l’innommable et l’indicible !

Tu as choisi ton camp, tu as sacrifié tes filles, tes petites filles à la gloire d’un mari qu’ « on ne pouvait pas s’empêcher de l’aimer » !

 à suivre...



06/08/2010
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