Marie des grèves ....

8 novembre .... petite fille ....et 9 novembre !!!

                                                                                            

Je viens d'assister à la cérémonie d'inhumation d'un cousin âgé,  ma mère ne pouvant se déplacer .... et soudain j'ai 8 ans, un flot de souvenirs m'envahit ....

Vers cet âge béni, j'ai passé des vacances dans cette famille d'agriculteurs du sud-Manche. Les trois filles, Marie-France, Danièle et Janine étaient un peu plus âgées que mes soeurs et moi . Les deux garçons ne prenaient pas part à nos jeux !

Je revis ces instants avec une intense émotion : c'était le temps de l'insouciance! de nos longues semaines estivales chez Nénaine , ces vacances à Hambée étaient comme une bouffée d'air. Le rythme et les habitudes de vie y étaient totalement différents de ceux de la famille.

A Caen, nous dormions  les quatre filles dans la même chambre. La vie s'organisait autour de l'école.... notre père était extrêmement exigeant et n'autorisait aucun débordement . 

A St James, chez Nénaine, les 12 pièces de la maison, l'immense jardin, les dépendances ( caves, étables, greniers, pigeonnier !!!) permettaient déjà aux 4  gamines d'échapper à certains moments au diktat paternel et de d'échaffauder rêveries et projets plus fous les uns que les autres.

Mais là, tout était différent ! même le rythme des repas : vers 17/18h, avant la traite des vaches, toute la famille s'attablait pour la collation : grandes tranches de pain avec du lard..... sans assiette ! tartines de beurre onctueux ! verres de cidre coupé d'eau ( quand même !).....

Et le soir avant le coucher , un grand bol de chocolat chaud ou de café au lait dans lesquels on faisait trempé du pain ! c'est ma madeleine de Proust .....  je me souviens avec précision du goût de cette " soupe" chocolatée, mitonnée au bord de la cheminée. Comme j'étais loin de la cantine et de la purée de pois cassé !

Nos jeux révélaient un imaginaire fantastique . Nous installions nos maisons dans un des vastes bâtiments qui entouraient la cour de la ferme, au milieu des tonneaux et autres matériaux. Chacune des filles délimitait son univers avec des ficelles de lieuse récupérées sur de grosses bobines. Celles-ci servaient habituellement à lier les bottes de paille lors des battages.

Nous communiquions par téléphone ! En l'occurence, des boîtes à cirage reliées entre elles par ces fameuses ficelles, nous tenaient lieu de combiné et récepteur . L'ensemble carillonnait à qui mieux mieux !!! et de demander : " le 11 à St James, s'il vous plaît "!

Nos poupées n'étaient que des bûches .... et je les trouvais encore plus merveilleuses que "les vraies" que nous possédions à la maison ! quelques chiffons faisaient office de vêtements et notre imagination faisait le reste !
Ces poupées avaient une âme, on pouvait les investir totalement, transférer nos propres rêves sur ces sujets auxquels la société n'avait imposé aucune norme standard. Quand je vois maintenant tous ces jouets stéréotypés qui inondent les chambres d'enfant, je ne regrette pas ce temps où un simple morceau de bois portait mes rêves !

Le clou de ces vacances, c'était la messe dominicale ! Corvée lorsque nous devions habituellement accompagner les parents, faire signer nos cartes de présence à la sacristie à la fin de l'office, se préparer pour la messe à Hambée relevait d'un cérémonial ! Les cousines nous prêtaient des gants blancs crochetés, des sacs à main .... Je regarde encore mes mains gantées de ces petits gants en dentelle de princesse .... Je m'admire dans une petite robe chasuble à petits carreaux gris clair et blanc, portant un noeud sur chaque épaule ! Je suis une petite fille, j'ai 8 ans et je crois au bonheur !

Merci chers cousins de ces simples moments de bonheur ....






08/11/2008
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