Marie des grèves ....

ECOLE PUBLIQUE .....lettre ouverte ...

Les Françaises et les Français se laissent actuellement abuser par des attaques sectorielles incessantes contre le système éducatif présentées comme des réformes inévitables alors qu'elles ne sont que l'application d'un plan cohérent de destruction de l'école publique républicaine. En tant que Maire, Conseiller Général de la Gironde et ancien instituteur je suis effaré par l'accumulation des mesures destructrices qui laissent préluder à une mise en pièces de l'enseignement primaire et une "marchandisation" de l'acte
éducatif jusque là encore sous la responsabilité régalienne de l'Etat. Jugez un peu.


Depuis sa nomination en mai 2007, le ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, a en effet déjà à son actif :
- la suppression de la carte scolaire, qui institue la concurrence entre écoles et accélère la formation de ghettos scolaires ;
- la promulgation de « nouveaux » programmes (dont les rédacteurs ne sont toujours pas connus !) contraires à l´avis de la profession et des chercheurs, après une mascarade de concertation, menée dans la précipitation ;
- la diminution de 2 h du temps hebdomadaire d'enseignement (l'équivalent de 3 semaines par an !) et la réorganisation de la semaine décidée contre les préconisations des professionnels et des spécialistes des rythmes scolaires et qui génère beaucoup plus de frais de garde pour les familles qu'un simple jour de grève. Encore une fois les familles auront la double peine : garde à
régler et impôts locaux en hausse en raison des difficultés financières rencontrées par les structures d'accueil (Centres de loisirs) qui devront se substituer à l'Etat ayant délaissé les enfants ;
- le discrédit jeté sur l'action des enseignants de l'école publique, notamment en trompant l´opinion sur les performances de l´école française dans les évaluations internationales et sur le coût réel de notre école ; il ne cesse d´accréditer l´idée, portée par les groupes ultralibéraux, mais démentie par les spécialistes, que les résultats français sont plus mauvais que la moyenne et en baisse et que les dépenses sont plus élevées que nos voisins et en hausse ;
- des déclarations insultantes sur les maternelles considérées comme de simples garderies où le travail des enseignants consiste à « surveiller la sieste et à changer les couches » ;
- la disparition programmée des IUFM, revenant à supprimer la formation professionnelle, au lieu de chercher à l´améliorer ;
- l'étranglement financier des associations éducatives complémentaires de l´enseignement public qui vont devoir abandonner des champs entiers de l'action éducative et fermer de nombreuses structures ;
- les atteintes au droit syndical, au paritarisme et au droit de grève avec l'installation coercitive du Service Minimum d'Accueil (SMA) ;
- la mise en place du fichier base-élèves, comportant des données qui mettaient gravement en cause les libertés individuelles et le droit à l´éducation des enfants étrangers, quel que soit le statut de leurs parents ;
- le financement (pour 220 000 euros) d'une officine privée qui doit surveiller les prises de position des enseignants sur internet, (« repérer les leaders d´opinion, les lanceurs d´alerte et analyser leur potentiel d´influence et leur capacité à se constituer en réseau » : libellé exact de l'appel d'offres)
- la mise en place d'un pseudo soutien scolaire totalement inefficace dans les faits en raison des contraintes temporelles et matérielles qu'il impose à des enfants déjà en difficulté;

Il vient aussi de faire inscrire dans le budget 2009 :
- la suppression brutale de 3 000 postes d'enseignants spécialisés des RASED, tout en proclamant vouloir diviser par 3 le taux d´élèves en grande difficulté scolaire et en tentant de faire croire que la mise en place des 2 h d´aide personnalisée pourrait remplacer le travail des enseignants spécialisés ;
- la baisse de 30 % des postes mis au concours en 2009 et, par voie de conséquence, de la formation continue remplacée par les PE2, avant sa disparition totale en 2010...

Tout récemment, il a confirmé que d'autres « réformes » seront mises en place en 2009 :
- la création de l´Agence nationale du remplacement, qui pourrait employer des maîtres non certifiés et précarisés avec statut privé ;
- la création des Etablissements Publics d'Enseignement Primaire et la caporalisation des maîtres par des « super-chefs », les directeurs d´EPEP (500 postes ont été budgétisés pour cela). Son application sur les écoles de moins de 4 classes va détruire l'enseignement public de proximité et les liens avec les familles et els élus locaux ;
- la suppression de la maternelle entre 2 et 3 ans, remplacée par un « jardin d'éveil » à la charge des communes et des familles, premier pas vers la suppression de la maternelle avant 5 ans, réclamée par des amis politiques du ministre ;
- la fausse suppression de l'article 89 sur le financement des écoles privées qui va peser lourdement sur les petites communes et qui va créer une inégalité scolaire désastreuse pour l'école rurale ;
- plutôt qu´une revalorisation des salaires des enseignants, l'annonce qu'il octroiera une prime de 400 euros aux maîtres qui feront passer les évaluations nationales au CE1 et au CM2 alors que depuis toujours les enseignants assument la passation d´épreuves d´évaluation, la correction et l´analyse des résultats, sans penser à demander une rémunération spéciale, car l´évaluation des apprentissages des élèves a toujours fait partie de leurs missions ;

Nous, élus locaux, en première ligne pour combler les carences prévisibles du système éducatif, ne pouvons plus continuer à subir cette politique scolaire fondée sur la concurrence entre, les collectivités, entre les élèves, entre les familles, entre les écoles et entre les maîtres. Elle est contraire à l´idéal de citoyens responsables et solidaires qui fonde notre école laïque et républicaine.
Tous les élus républicains doivent en avoir conscience et dénoncer cette avalanche de coups bas contre le corps enseignant abandonné dans la tourmente de réformes qui ne visent qu'à l'humilier. La dégradation des conditions d'enseignement dans toutes les écoles, le transfert permanent insidieux des charges vers les communes, la privatisation rampante de tout ce qui est lié à l'éducation des enfants, la mise en pièces du mouvement laïque complémentaire de l'école sont les axes essentiels de ce qui est
faussement présenté comme une réforme indispensable pour améliorer la qualité de l'enseignement alors qu'elle ne conduisent qu'à son affaiblissement mortel.

L'école publique est gravement menacée et, dès la prochaine rentrée, les conséquences de ce plan parfaitement maîtrisé se feront durement ressentir sur le terrain. Les communes seront obligatoirement concernées par ces mesures cumulées et devront répondre à l'attente des familles dans un contexte social et économique inquiétant. Je vous invite donc dans toutes les instances où vous siégez à condamner globalement et fermement cette politique négative et dangereuse pour l'école laïque à laquelle la
république doit tant.

Jean Marie DARMIAN Maire de Créon,
Marie-Christine Darmian-Gautron


20/04/2009
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